3 Portraits d’Artistes mÉdiums

En ce moment sur Insta, je publie une série de posts sur des artistes femmes rattachées à l’art brut. Pour compléter les derniers posts consacrés à des créatrices médiums et spirites, voici 3 portraits de femmes dont la création artistiques a été influencée d’une façon ou d’une autre par des communications avec le monde des esprits.

JANE RUFFIÉ
1887-1965

Née en 1887 près de Toulouse, Jane Ruffié se passionne très jeune pour les pratiques divinatoires et les théories occultes. Quand son mari est appelé sur le front en 1914, un an après qu’elle ait perdu son nouveau-né, Roger, elle entre en contact avec lui pour avoir des nouvelles de son époux. 

Commence alors quasiment 25 ans de production d’écriture automatique, fruit de ses conversations rituelles avec ce qu’elle considère être l’esprit de son fils. Ce n’est qu’après ses 50 ans que ses écritures évoluent vers le dessin, toujours sous l’influence de Roger, qui avait été peintre dans une vie antérieure selon Jane. Ses dessins sont comme des murailles molles, faites de quadrillages minutieux, souples et organiques. Apparaissent parfois des fragments de corps ou de visages. Est-ce qu’ils sont un aperçu du monde des morts ?

Des formes automatiques créées dans un état de somnambulisme ? Et s’ils sont vraiment liés à une expérience surnaturelle, est-ce qu’ils en sont le fruit ou est-ce qu’ils cherchent à la documenter, pour en garder la trace ou même pour la partager ?

Il y a quelque chose dans ce schéma qu’on retrouve chez plusieurs créatrices brutes, qui ont commencé leur travail de création après la perte d’un enfant, comme un refuge dans le deuil. Il est aussi partagé par toute une génération qui a connu le choc et la douleur de la 1e guerre mondiale, période pendant laquelle les pratiques médiumniques se répandent dans les classes ouvrières et populaires après avoir été l’apanage de la bourgeoisie, surtout artistique, au XIXe siècle. L’idée que l’esprit peut continuer à vivre et à communiquer avec les vivants après sa mort apporte alors un réconfort qui n’est pas permis par la religion chrétienne, et qui vient s’y mêler dans une approche qui mêle souvent les écritures bibliques et des rituels médiumniques. J’en avais d’ailleurs parlé dans la toute première vidéo d’HyperOblique.

Hélène Smith
1861-1929

Hélène Smith, c’est le nom d’emprunt de Catherine-Elise Müller, médium suisse qui accompagne certaines de ses visions d’écriture automatique (notamment en sanskrit et en martien) et de peintures. Celles-ci reproduisent des éléments qu’elle aperçoit dans ses visions, notamment des paysages martiens. 

Son cas est relativement connu par le livre que lui ont consacré son psychologue et ami Théodore Flournoy, Des Indes à la planète Mars, sur lequel il a notamment travaillé avec le linguiste Ferdinand de Saussure.

Cette étude s’inscrit complètement dans l’intérêt pour la parapsychologie, qui lie les recherches sur la psychologie et les phénomènes occultes et qui se développe à la fin du XIXe siècle. Mais la prudence et le scepticisme de Flournoy dans le livre n’est cependant pas du goût d’Hélène Smith, qui coupe les ponts avec lui. Il soutient en effet que les visions de la médium ne sont pas supranormales mais tiennent à sa personnalité subliminale.

Le livre permet pourtant à Hélène Smith de devenir une médium célèbre. L’année même de la sortie du livre, une riche médium américaine lui fait don d’une rente à vie pour qu’elle puisse arrêter de travailler. Elle abandonne alors son emploi de magasinière et ne fait plus payer ses séances de médiumnité. Elle continue à canaliser ses visions grâce à la peinture jusqu’à la fin de sa vie, en 1929.

 

MADAME FAVRE
Dates inconnues

Ce qui est fascinant avec Madame Favre c’est… qu’on ne sait pas qui est Madame Favre. On ignore tout d’elle, y compris si elle était médium ni même si c’était réellement une “elle”. Les dessins qui nous sont parvenus, qui sont datés entre 1858 et 1860 et sobrement signés “Favre”, ont été retrouvés par hasard dans les archives d’un adepte du spiritisme, dans un cahier intitulé “Talent naturel de Madame Favre”. Voilà tout ce qu’on sait. 

La technique est impeccable, le trait est parfaitement maîtrisé, mais les sujets sont étranges. Ce sont majoritairement des portraits de femmes de profil, parfois de face, avec un travail concentré sur la chevelure qui s’étend jusqu’à parfois devenir une barbe. Le sens de ce travail est une énigme, au même titre que l’identité de son autrice, et c’est vraiment fascinant.