L’HISTOIRE TOUCHANTE DERRIÈRE LES ŒUVRES DE SARAH PUCCI

 

Ce n’est pas seulement parce qu’elles scintillent et brillent de 1000 feux que j’ai pensé aux œuvres de Sarah Pucci pour la période des fêtes : c’est aussi parce qu’elles portent en elles un incroyable amour, celui d’une mère pour sa fille. Les créations de Sarah Pucci racontent une histoire qui fait du bien au milieu de l’hiver et illuminent cette période grise et froide – d’autant plus morne que ceux qui aiment les rassemblements familiaux et autres festivités doivent cette année y renoncer.

Catalogue de la rétrospective de l’artiste, Galerie Werner Fischer, Berlin, 1993

Sarah Pucci (1902-1996), née et décédée à Everett dans le Massachusetts, a appris la couture dans une école industrielle avant de travailler toute sa vie dans différentes usines, notamment chez General Electrics et dans une chocolaterie où elle dessinait des décors en chocolat. Dorothy, sa fille unique, nait en 1933 – la même année, elle a une vision de la Vierge alors qu’elle est en train d’allaiter son bébé.

Quand sa fille Dorothy Iannone commence à peindre et à voyager avant de s’installer définitivement en Europe, Sarah Pucci entame elle aussi une activité artistique sans même le savoir, ni le vouloir. Elle commence à confectionner de petits objets raffinés et scintillants qu’elle envoie à Dorothy : ce sont, selon ses mots, des « gages d’amour » à sa fille. Ce sont leur seule fonction, la seule raison pour laquelle Sarah Pucci se lance dans cette création alors qu’elle a 57 ans. Elle a continué durant plus de 3 décennies, jusqu’en 1993, et a crée plus de 200 de ces objets qu’elle a tous envoyé à Dorothy.

Sarah Pucci, Sky Rockets (série), années 1970, technique mixte, 17 x 14 cm Crédits : Air de Paris

Sarah Pucci, Crowning Glory, années 1980, technique mixte, 31 x 21 cm. Crédits : Air de Paris

Quand à l’occasion d’une exposition en 1993, Sarah Pucci a pris la mesure de ce qu’elle avait crée en rassemblant la majorité de ces objets et que Dorothy Iannone lui a fait remarquer la force de ses oeuvres, elle lui a répondu « Je ne me préoccupais pas de l’art. J’ai fait ces objets pour toi. »

« Si Dieu ne me veut pas auprès de lui pour l’instant, cela signifie que j’ai encore beaucoup à faire pour ma fille Dorothy. Ce n’est que pour elle que je veux vivre. Nous parlons au téléphone deux fois par semaine et cela me fait sentir jeune à nouveau. »

Lettre de Sarah Pucci, reproduite dans le catalogue de la rétrospective de l’artiste, Galerie Werner Fischer, Berlin, 1993

Sarah Pucci orne ses créations purement esthétiques de sequins, perles, paillettes et bijoux qu’elle récupère auprès de ses ami.e.s en échanges de cookies fait maison. Elle les assemble ensuite avec minutie et patience pour créer ses ornements précieux qui ressemblent à des oeuvres de joaillerie. Très croyante, Sarah Pucci semble aussi puiser son inspiration du côté des ex-voto. Ces offrandes religieuses d’usage populaire ont connu une grande diffusion en Amérique du Sud avec la colonisation, où ils ont pris la forme d’objets ornés très colorés. Les objets de Sarah Pucci ont ainsi des allures sacrées pour célébrer un amour profane.

Sarah Pucci, A Wishing Heart, années 1990, perles, paillettes, épingles, mousse, médaillon, 31 x 29 x 9 cm. Crédits : Air de Paris

Sarah Pucci, Shadow Box, années 1970, perles, paillettes, épingles, mousse, 21 x 22 cm. Crédits : Air de Paris

Ses premières expositions personnelles sont organisées à partir des années 1970 : elle n’aura eu à attendre « que » 15 ans, ce qui est loin d’être le cas de la majorité des artistes femmes. Elle avait quand même 71 ans. La vraie reconnaissance, cependant, ne semble être venue qu’après sa mort, et elle rejoint donc la très (très) longue liste d’artistes femmes dont le succès a été posthume. De la même façon, la reconnaissance du travail de sa fille Dorothy Iannone, bien qu’importante, a été tardive. C’est d’ailleurs grâce à elle que Sarah Pucci a pu bénéficier d’une certaine visibilité, et son travail est bien mieux connu en Europe qu’aux Etats-Unis où elle a pourtant vécu toute sa vie.

Sarah Pucci, Twilight, années 1970, technique mixte, 25 x 30 x 15 cm. Crédits : Air de Paris

Les objets d’amour de Sarah Pucci sont présentés en ce moment dans deux expositions personnelles : « Love Gifts » au Cabinet Lillo-Renner à Monaco et « Made with love for Dorothy » à la Villa Alicius, tout près du Palais Idéal du Facteur Cheval. Clin d’oeil touchant, Ferdinand Cheval qui avait nommé ce bâtiment en hommage à sa fille Alice.
Elle est représentée par la galerie Air de Paris